La légende des Fées Boudeficelle

 

 

 

 

Légende contée en lituanien aux petits Lutins lors d'un voyage en janvier 2016

 

Depuis toujours, je suis fascinée par ces traits blancs et cotonneux que l’on voit dans le ciel. Parfois, ils semblent tracés par un minuscule avion  qui file à grande vitesse, pressé d’arriver … Parfois, on ne voit même plus le minuscule avion, déjà à plusieurs centaines de kilomètres, tout près d’atteindre son but.

Mais pourquoi ces avions sont-ils si pressés ?

Où vont-ils ?

D’où viennent-ils ?

Qui les lance si fort, certainement pour éviter qu’ils n’arrêtent leur course avant d’atteindre leur but … ?

Toutes ces questions sans réponse me font tourner la tête. L’envie de découvrir qui se cache aux extrémités de ces traits blancs me démange … Jusqu’au jour où je décidai de percer le mystère, LES mystères de ces avions. Quelques affaires dans un sac à dos, les yeux rivés vers le ciel à la recherche d’un fameux trait blanc, je pris la route, attentive à tout ce qui pourrait m’aider à comprendre.

Chemin faisant, je m’arrêtais dormir où le hasard me menait. Une nuit, alors que je cherchais le sommeil en regardant par la fenêtre d’une chambre que l’on m’avait prêtée … car il faut vous dire que je n’étais pas la seule à être intriguée par ces lignes dans le ciel et nombreux furent les gens qui, touchés par ma quête, m’ont aidé dans mon voyage, en m’offrant un endroit où me reposer et quelques bonnes choses pour me rassasier ! Une nuit donc, en regardant par la fenêtre, je vis une lumière d’une douceur particulière enrober la maison voisine. Il se passait ici quelque chose de beau, quelque chose d’un peu magique. Je ne fis pas immédiatement le lien avec mes lignes blanches comme du coton dans le ciel, mais … ma curiosité était en éveil ! Il était trop tard pour en savoir plus. Les paupières lourdes, je laissai le sommeil m’emporter pour la nuit. Dès la première heure, je passais le lendemain à la fenêtre de ma chambre, cherchant à percer le mystère de la famille qui habitait là. A ma grande surprise, je ne vis rien d’autre que le quotidien d’une famille ordinaire. Des parents aimants, des enfants aimés. Les uns au travail, les autres à l’école. Chacun son petit train-train, ses tracas et ses joies. Une chose seulement éveilla ma curiosité : une corbeille d’osier sur la table du salon, dans laquelle chacun déposait les petits trésors qu’il avait trouvés au cours de sa journée. Une histoire, un petit caillou, un bout de ficelle ou de tissus coloré, un dessin, un mot …

La nuit tombée, une fois que chacun avait trouvé le sommeil, la même lumière que la veille embrassa la maison. Et je vis la maman prendre sans bruit la corbeille aux trésors et l’amener dans son atelier. Comme guidées par une pensée, ses mains ne cessèrent de tisser, broder, coudre et tricoter. Sous le charme des aiguilles transformées en autant de baguettes magiques, chaque petit trésor déposé dans la journée trouvait sa place. C’est un petit personnage  qui est né de cette danse enchantée … tout doux et plein d’amour. Après de longues heures, la maman sentit le sommeil se glisser entre ses paupières, des nuages de coton envahirent tranquillement son monde imaginaire. Mais le travail ne semblait pas terminé : en lettres de fils, elle inscrivit un prénom sur son précieux petit personnage. Le prénom d’un enfant certainement. A quel enfant le destinait-elle ? Cet enfant était certainement très important pour elle car le personnage était composé des petits trésors de toute la famille, puis elle avait consacré une nuit entière à le fabriquer, dans la douce féérie de son atelier …

Délicatement, elle le glissa dans un paquet cadeau en forme d’avion coloré, attacha un immense brin de laine blanche et cotonneuse à sa queue et le lança par la fenêtre. Au lieu de terminer sa course à quelques mètres ou centimètres, comme le font la plupart des avions en papier, celui-ci monta tout droit vers le ciel. Mes yeux faisaient un effort pour ne pas le perdre de vue, jusqu’à ce qu’il soit trop haut et que je ne distingue plus que sa trainée blanche. Le brin de laine s’étirait et se déroulait, une extrémité restant liée à la maison, l’autre s’enfuyant à toute vitesse vers de nouveaux horizons. Emerveillée, je l’étais ! Je savais maintenant que les avions suivis de trainées blanches dans le ciel étaient envoyés par des Fées, oui, des Fées Boudeficelle qui faisaient des merveilles avec des choses simples qu’elles trouvaient dans le quotidien de leurs familles. Depuis, j’ai vu s’envoler des dizaines d’avions en papiers colorés suivi d’un immense brin de laine.

Il me restait maintenant à découvrir vers qui les Fées lançaient ces avions pleins d’attention, qui était à l’autre bout de ce lien… ?

Là, je dois l’avouer, j’ai moi-même fait appel à un peu de magie. Dans mon sac à dos, j’avais pris le soin d’emporter ma poudre de glace. Un ami du grand nord, un ami imaginaire lui aussi, mais pourtant bien réel puisqu’il m’a fait un cadeau … un ami m’a fait cadeau d’une pincée de poudre de glace, qui permet de devenir très petit pour quelques temps. Un soir donc, où j’avais repéré une maison dans son halo de douce lumière, la maison d’une Fée Boudeficelle à coup sûr, j’ai avalé ma poudre de glace et j’ai attendu, toute petite, sur le rebord de la fenêtre. J’ai attendu que l’avion de papier cadeau s’envole pour me glisser sur ses ailes et voir à qui il était envoyé.

Après un long, très long vol, c’est ici, dans la Maison des Enfants de Vilnius que je suis arrivée ! C’est donc à l’un de vous, petits Lutins, que ce cadeau était adressé ! Chacun de vous, chacun des petits Lutins dans le monde est ainsi relié à sa Fée. En serrant très fort vos petits cadeaux dans vos bras, c’est une caresse de vos Fées que vous recevrez. Mais, chut ! C’est un secret entre vous, le brin de laine et vos Fées Boudeficelle …

Boudeficelle-Compo